Dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA), Montréal est en pleine ébullition. Elle compte actuellement environ 1 000 chercheurs dans le domaine – une concentration de scientifiques qui n’a d’équivalent dans aucune autre ville au pays.

Voyons de plus près pourquoi la métropole est en voie de devenir la Silicon Valley de l’IA.

Les géants du numérique sont en ville

À l’initiative de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) s’est tenu le 15 janvier dernier le Forum stratégique sur l’intelligence artificielle. Cet événement d’envergure a réuni quelque 900 représentants des domaines des affaires, de la recherche et des médias, dont certains provenant de chez Thales, Google, IBM, Microsoft et Amazon.

Le forum, qui se tenait au New City Gas, a permis d’aborder plusieurs enjeux entourant l’IA, de la mise en valeur de la métropole comme pôle dominant dans le domaine, allant jusqu’aux stratégies d’affaires, en passant par les questions d’éthique.

Création d’un centre d’excellence mondial de l’IA

L’événement a aussi été l’occasion d’annoncer la création à Montréal d’un « centre d’excellence mondial » où travailleront 160 chercheurs, un projet de la grappe québécoise en IA dans laquelle le gouvernement du Québec compte injecter 100 millions de dollars au cours des cinq prochaines années. La création d’une vingtaine de laboratoires d’entreprises de toutes tailles est aussi prévue.

Montréal, pôle d’attraction

En partie grâce au chercheur Yoshua Bengio (voir ci-dessous), qui les a convaincus, plusieurs géants de l’industrie du numérique ont déjà ou sont en voie d’ouvrir un de leurs laboratoires de recherche en IA dans la métropole québécoise. Parmi eux, se trouvent : Microsoft, Google, Facebook, IBM, Samsung et Thales.

Ces entreprises n’ont pas que pignon sur rue; elles développent des partenariats et investissent des sommes importantes dans l’écosystème de l’IA montréalais. Ce qui fait l’attrait de la ville pour ces grands noms? Entre autres son bassin de talents et sa capacité d’en attirer de l’extérieur. Québec espère d’ailleurs encore accueillir, grâce à ses investissements, des centaines de chercheurs dans le domaine d’ici 2019.

Un autre pionnier de chez nous

Mentionnons que le Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM), un centre de recherche appliquée et d’innovation, travaille pour sa part en IA depuis plus de 30 ans, faisant le pont entre la recherche et l’industrie.

La mission de cet OBNL – dont le principal partenaire financier est le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation – est d’aider notamment les PME à démystifier et à accéder aux technologies de pointe, dont l’IA, pour faire face à leurs problématiques technologiques.

Un mot sur District 3 de Concordia

En droite ligne avec le mandat que se donne Concordia de devenir une université de prochaine génération, District 3 est un centre pour l’innovation à caractère social et l’entrepreneuriat qui met en relation des acteurs du monde des affaires, de la recherche et des start-ups.

Aifred health, l’une des start-ups mentorées, vient d’être sélectionnée parmi les 10 finalistes du IBM Watson AI XPRIZE, une compétition mondiale s’échelonnant sur quatre ans et dont les prix totalisent 5 millions de dollars. L’enjeu de la compétition est de faire appel aux technologies de l’IA pour développer des solutions hautement efficaces pour faire face aux plus grands défis de l’humanité.

Aifred health met au point un outil dans le but d’aider les médecins à traiter de manière personnalisée les patients atteints de dépression à partir du profil de chacun et de données en santé mentale.

Un concept en définition…

Évoquant une nouvelle mythologie moderne aux accents futuristes, le concept d’intelligence artificielle n’en demeure pas moins flou pour bon nombre d’entre nous.

Même Yann LeCun, directeur du laboratoire d’IA de Facebook, convient que sa définition est « difficile à cerner ».

Précisons qu’à la base, le concept même d’intelligence fait toujours débat. C’est sans compter que le terme « intelligence n’a pas la même signification en français et en anglais, langue dans laquelle a été créé le vocable artificial intelligence », comme le souligne le rapport sur les enjeux éthiques des algorithmes et de l’intelligence artificielle (décembre 2017) de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL). Cette autorité administrative indépendante française note par ailleurs que « peu de notions font aujourd’hui l’objet d’un usage plus mouvant que celle d’intelligence artificielle ».

La CNIL s’appuie néanmoins sur la définition d’un des inventeurs de l’IA, Marvin Minsky, pour décrire au sens large cette réalité comme « la science qui consiste à faire faire aux machines ce que l’homme ferait moyennant une certaine intelligence ». Dans le même esprit, M. LeCun propose pour sa part une version une peu plus raffinée disant de l’IA qu’elle renvoie à « un ensemble de techniques permettant à des machines d’accomplir des tâches et de résoudre des problèmes normalement réservés aux humains et à certains animaux ».

Sans risquer de se tromper, on peut avancer que la définition de l’IA n’a pas fini d’évoluer!

Des applications concrètes de l’IA?

L’intelligence artificielle ne relève plus de la science-fiction. Les applications de l’IA sont innombrables. Pour n’en donner que quelques-unes : elle permet notamment l’assistance vocale de votre téléphone intelligent, l’identification des pourriels dans votre boîte de messagerie électronique, elle aussi est utilisée en imagerie médicale et vous permettra peut-être plus tôt que vous ne le pensez de vous déplacer dans une voiture autonome.

Yoshua Bengio, notre star mondiale

Pionnier de l’intelligence artificielle, le chercheur montréalais Yoshua Bengio compte parmi les trois plus grands experts de l’IA au monde (ses travaux ont été cités plus de 4 000 fois  – dans des études internationales). Alors que Silicon Valley lui déroulerait n’importe quand le tapis rouge, c’est Montréal – la ville où il a immigré au début de l’adolescence – qu’il a élu pour faire avancer les connaissances en IA, travailler à développer une masse critique de chercheurs et stimuler les initiatives entrepreneuriales.

Apprendre aux ordinateurs à apprendre

M. Bengio est l’un des rares experts en apprentissage profond, une technique révolutionnaire qui consiste à développer chez un ordinateur la capacité « d’apprendre par lui-même » grâce à des réseaux de neurones artificiels qui traitent les données qui lui sont fournies.

La recherche dans ce domaine s’applique pour l’instant essentiellement à la reconnaissance des formes, des images, de la parole ainsi qu’à la vision artificielle et à la robotique.

Pour le bien-être collectif

En parallèle de son apport à la recherche, M. Bengio effectue un travail colossal de vulgarisation auprès des entreprises, afin que celles-ci bénéficient le plus rapidement possible des dernières découvertes dans son domaine.

Discutant, par ailleurs, régulièrement avec des philosophes et des éthiciens, le chercheur accorde une importance capitale aux enjeux éthiques reliés à l’IA et il espère que ses avancées auront des retombées positives pour la société. Dans cette optique, il souhaite également travailler à réduire les inégalités économiques que peut entraîner l’usage grandissant de l’IA au sein des entreprises.

Quelques-uns des titres de Yoshua Bengio :

Catherine Meilleur

Auteure:
Catherine Meilleur

Rédactrice de contenu créatif @KnowledgeOne. Poseuse de questions. Entêtée hyperflexible. Yogi contemplative.