Se familiariser avec l’apprentissage en ligne synchrone

Souris et ne montre pas ta peur

C’est ce que je me suis dit précisément 2 minutes et 37 secondes avant de mener ma toute première session de cours en ligne synchrone. J’ai eu le même réflexe lorsque — les paumes des mains moites, la bouche sèche et une curieuse impression que j’oubliais quelque chose d’essentiel — j’ai réalisé qu’on s’attendait à ce que je donne un cours en ligne à des apprenants qui ne parlaient pas la même langue que moi et qui se trouvaient à l’autre bout de la planète. J’oubliais, on s’attendait aussi à ce que j’adapte mon expertise au sujet d’étude et que j’aie l’air de maîtriser la technologie synchrone.

Pourtant, j’étais décidée à me sortir de cette expérience vivante, même si j’aurais préféré continuer de regarder l’épisode de Grey’s Anatomy que j’avais entamé quelques minutes plus tôt. À bien y penser, j’aurais préféré être sur la table d’opération de cet épisode de Grey’s Anatomy plutôt qu’assise chez moi, dans mon bureau, devant cette nouvelle technologie d’enseignement qui m’était étrangère. Pour la petite histoire : je suis passée à travers ce premier cours en ligne synchrone. Tout ne s’est pas déroulé comme je l’avais prévu (soyons réaliste, cela ne se produit jamais), mais l’expérience a enrichi mon enseignement et mon apprentissage comme je ne l’aurais jamais soupçonné.

En enseignement, on tend à associer le terme « apprentissage en ligne » avec les composantes asynchrones d’un cours. Une interaction asynchrone — soit une interaction durant laquelle l’apprenant et le formateur n’ont pas à être en ligne en même temps pour communiquer — peut prendre la forme d’un jeu-questionnaire à compléter, d’une lecture et d’une interaction avec le contenu en ligne, d’un visionnement de vidéos ou de présentations multimédias, ou d’échanges sur des forums de discussions, pour ne nommer que ces possibilités. Un bon concepteur pédagogique, disposant d’un bon contenu, peut produire du matériel asynchrone exceptionnel. Le principal inconvénient d’un enseignement entièrement asynchrone s’avère toutefois le manque de communication en temps réel entre les apprenants et le formateur, et entre les apprenants eux-mêmes.

C’est ici que les outils synchrones de l’apprentissage en ligne viennent à la rescousse! Qu’il s’agisse du message texte, du clavardage, de la conférence audio ou vidéo, ou encore d’une combinaison de ces outils, ceux-ci ajoutent cette présence et cet échange mutuel (formateur et apprenant) qui manquent à une formation en ligne totalement asynchrone et qui aident à créer un esprit de communauté. Palloff et Pratt (2011) notent à ce propos l’importance d’instaurer « (…) un esprit de connexion avec les apprenants qui autrement seraient séparés dans le temps et dans l’espace. Se faisant, le niveau d’interaction dans un cours en ligne augmente – ainsi lorsque la présence sociale est faible, l’interaction l’est aussi et vice-versa (…) » (p.8). De plus, « en apprenant ensemble dans une communauté d’apprenants, ces derniers ont la chance d’élargir et d’approfondir leur expérience d’apprentissage, de tester de nouvelles idées en les partageants avec un groupe de soutien, et de recueillir des réactions critiques et constructives de leurs pairs » (Palloff et Pratt, 2005, p. 8).

Il est possible d’utiliser les interactions asynchrones à la fois pour créer une présence en ligne et pour consolider une communauté d’apprentissage – pratiquement tous les livres sur l’apprentissage en ligne comportent au moins une section sur les méthodes et astuces pour aider le formateur à faire sentir sa présence auprès des apprenants dans les forums de discussion ou encore par le biais d’échanges courriel. Alors qu’il existe maintenant des outils interactifs, faciles à utiliser et souvent gratuits pour enseigner et apprendre de façon synchrone, pourquoi s’enfermer dans une dynamique asynchrone?

À ce stade, j’espère vous avoir convaincu que l’interaction synchrone est une composante importante (comprenez : essentielle) de tout cours en ligne. Et sachez qu’il existe de nombreuses façons d’intégrer une combinaison d’outils dans une formation asynchrone. (Notez que l’usage des termes « intégrer » — plutôt qu’« ajouter » — et « combinaison » dans la phrase précédente est intentionnel.) Les composantes synchrones d’un cours en ligne ne devraient pas être perçues comme des éléments à ajouter « en extra » à un cours déjà entièrement asynchrone.

Dans l’idéal, les concepteurs et les formateurs devraient recevoir une formation exhaustive sur les avantages et sur l’utilisation de ces outils qui confèrent « du temps réel » à l’apprentissage en ligne, afin de concevoir des cours efficaces qui réunissent le meilleur des deux types d’enseignement. Toutefois, nous n’en sommes pas encore là. Bien que plusieurs outils synchrones soient ajoutés après-coup aux cours en ligne, j’ai listé ci-dessous, à l’intention des concepteurs, des éducateurs et des formateurs, des façons d’intégrer à un cours en ligne des outils synchrones pour optimiser « la présence » et l’esprit de communauté.

Notez que pour mettre ces suggestions en pratique, il faut dans l’idéal utiliser un logiciel de web-conférence synchrone (tel que WebEx, Adobe Connect, GoToMeeting ou Skype), mais que les outils synchrones moins robustes peuvent aussi faire l’affaire.

Classes synchrones programmées sur une base régulière (Hebdomadaire, bihebdomadaire)

  • Ces sessions, qui s’inspirent des rencontres traditionnelles en classe, se tiennent en général plusieurs fois par semaine. La communication étant leur point central, elles offrent de nombreuses occasions aux participants d’interagir en temps réel entre eux et avec le formateur, et sont propices au développement d’un fort esprit de communauté.

Visites périodiques en classes (quelques-unes par session)

  • Dans le cadre d’un cours en ligne, la visite de l’apprenant en classe peut se tenir à un intervalle régulier aux X semaines, ou simplement deux ou trois fois par session. Les visites synchrones en classe servent habituellement à discuter d’un sujet à l’étude ou d’un élément du cours ou encore à collaborer à un projet. La communication et la discussion sont au cœur de cette initiative, qui s’avère propice au développement d’un esprit de communauté.

Heures de bureau

  • Elles complètent ou remplacent les heures régulières ou périodiques de réunions synchrones. Ces « heures de bureau virtuelles » peuvent se tenir sur une base hebdomadaire régulière, à un moment fixé d’avance. Elles peuvent avoir lieu dans une salle de réunion synchrone où tous les apprenants sont libres de venir poser leurs questions au formateur. Ce dernier peut aussi rencontrer les apprenants un à un, sur rendez-vous seulement, pour discuter d’un devoir ou d’une évaluation. Le formateur étant très disponible dans cette forme d’échange, il peut développer un lien avec les apprenants sans avoir à organiser une classe synchrone formelle.

Laboratoires, projets de groupes (avec assistant(s) pédagogique(s))

  • Ces rencontres intégrant des outils synchrones de réunion conviennent aux cours en ligne suivis par un grand nombre d’apprenants. Le formateur peut diviser la liste des inscrits en différents groupes et assigner à chacun un assistant pédagogique, de telle sorte que les apprenants puissent participer à des laboratoires, des discussions et des travaux d’équipe dans un contexte plus intime et plus propice aux échanges.

Séances d’information (orientation, révision de travaux et préparation d’examens)

  • Ces séances qui se déroulent en temps réel permettent au formateur de transmettre de l’information spécifique rapidement et de répondre aux questions de manière efficace. Le fait de tenir une séance d’orientation virtuelle au début d’un cours aide souvent à renforcer l’information du cours hors ligne ou du plan de cours, et d’éviter (autant que possible) au formateur et à l’équipe de soutien d’être inondés de courriels. Le formateur peut aussi recourir à cette stratégie après la remise d’un travail corrigé pour passer en revue les erreurs les plus commises, de même qu’avant un examen important, pour répondre aux questions des apprenants.

En résumé, dans l’univers de l’apprentissage en ligne, il n’est pas question de bataille entre un supposé Bon et un supposé Méchant, qui seraient incarnés respectivement par « le synchrone » et « l’asynchrone » secondés d’une armée de concepteurs de la Next Generation et de formateurs qui essaient d’écraser toute forme d’opposition à leur cause. Nous n’avons pas à choisir entre l’une ou l’autre de ces formes d’apprentissage, alors pourquoi ne pas choisir le meilleur des deux mondes? Une formation en ligne engageante intègre un judicieux équilibre d’interactions asynchrones et synchrones, et c’est la raison pour laquelle nous créons des environnements qui sont, pour les apprenants comme pour les formateurs, à la fois engageants, stimulants et amusants

Références
Palloff, R. M., & Pratt, K. (2005). Collaborating online: Learning together in community. San Francisco: Jossey-Bass.
Palloff, R. M., & Pratt, K. (2011). The excellent online instructor: Strategies for professional development. San Francisco: Jossey-Bass.
Jesse Harris

Auteure:
Jesse Harris

Gestionnaire de projet @KnowledgeOne | Yesmeister. Fille de moto. Dresseuse de listes de tâches. Testeuse de patience

2018-09-25T15:22:42+00:002018/09/25|Articles, Jesse Harris|

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