L’adulte : un apprenant distinct

On n’enseigne pas à un adulte comme à un enfant. Cela peut paraître évident, mais cet intérêt pour la manière spécifique dont les adultes apprennent et les méthodes d’enseignement qui leur réussissent le mieux est assez récent. L’un des pionniers de cette branche de l’éducation est l’Américain Malcom Knowles. Des années 1970 à 1990, il a développé un modèle pédagogique basé sur les caractéristiques propres à l’apprenant adulte. La recherche a avancé depuis, mais ses hypothèses, dont certaines ont été confirmées par les neurosciences, sont toujours d’intérêt. En voici un aperçu!

L’andragogie : la « pédagogie » des grands

On connaît bien le terme « pédagogie », qui signifie en grec « guider l’enfant ». On connaît un peu moins « andragogie », qui se traduit par « guider l’homme* » et qui a été introduit en 1833 par le pédagogue allemand Alexander Kapp. Ce néologisme n’était pas utilisé dans la Grèce antique, bien que ses philosophes se questionnaient déjà sur l’éducation après la « jeunesse ».

Un siècle plus tard, Malcom Knowles, qui avait jeté les bases de sa théorie de l’éducation des adultes, reprend le terme et le fait connaître, jugeant primordial qu’on identifie de manière distincte l’apprentissage des adultes de celui des enfants.

Knowles a enseigné à l’Université de Boston de la fin des années 1950 avant de joindre le corps professoral de l’Université de Caroline du Nord en 1974. On lui doit plus de 200 articles et 18 ouvrages, dont ses textes fondamentaux : The modern practice of adult education et The adult learner.

*Le terme renvoyait bel et bien à l’être humain de sexe masculin, et c’est pourquoi certains préfèrent aujourd’hui utiliser les expressions éducation, formation ou apprentissage « aux adultes ». Même si cela peut paraître contestable, l’expression « pédagogie des adultes » est aussi d’usage.

Précurseur de l’apprentissage centré sur l’apprenant

La formation en ligne favorise un apprentissage centré sur l’apprenant par opposition à un apprentissage dit centré sur l’enseignant. Cette approche, de plus en plus prisée aujourd’hui, est aussi appelée apprentissage « actif », en référence au fait que l’apprenant s’implique activement dans son processus d’acquisition de connaissances, en l’abordant de façon plus expérientielle.

Or, le modèle de Malcom Knowles représentait une petite révolution dans le domaine de l’éducation entre autres parce qu’il marquait une rupture avec le modèle pédagogique traditionnel, centré sur l’enseignant. Knowles s’est inspiré du courant de l’humanisme contemporain, ayant vu le jour en réaction au behaviorisme, soutenant que l’être humain est « sujet » au centre de sa vie, qu’il agit sur le monde qui l’entoure, et qu’il peut se changer lui-même ainsi que tout ce qu’il touche.

La proposition de Knowles était aussi en rupture des tendances en éducation dans l’Amérique de l’époque parce qu’elle s’appuyait sur l’idée que l’apprenant adulte avait des caractéristiques propres –  différentes de celles de l’enfant –, et qu’il fallait en tenir compte pour développer une approche pédagogique efficace. Dans le même ordre d’idées, l’andragogue avait la conviction qu’un contexte d’apprentissage informel, confortable, flexible et sécurisant était le plus propice à l’apprentissage chez l’adulte.

Le modèle

Le modèle de Knowles comporte 5 postulats sur les caractéristiques de l’apprenant adulte et 4 principes à considérer dans toute formation qui lui est destinée.

Les 5 postulats sur les caractéristiques de l’apprenant adulte :

  1. Le concept de soi

Contrairement à l’enfant, l’adulte est un individu indépendant et autonome qui a besoin de faire ses propres choix, de se sentir en contrôle. De ce fait, il s’attend à être considéré comme étant apte à s’autogérer.

  1. L’expérience de l’apprenant adulte

Chaque adulte a une identité définie, un vécu qui lui est propre et qui influence considérablement sa personnalité et son cheminement. L’apprenant adulte possède, de plus, un bagage de connaissances et de compétences.

  1. La volonté d’apprendre

L’adulte a la volonté d’apprendre si les connaissances et les compétences à acquérir lui permettent de mieux aborder les enjeux réels qu’il rencontre. La dimension sociale occupe une place importante dans la vie adulte, non seulement dans la sphère privée, mais aussi professionnelle. Développer ses habiletés sociales et se faire des contacts est primordial dans certaines fonctions professionnelles. Et puisque nous sommes des êtres sociaux, cela permet à tout adulte d’avoir une vie globalement plus satisfaisante.

  1. L’orientation de l’apprentissage

L’apprenant adulte est plutôt pragmatique. Son temps est précieux et avant de s’engager dans une formation, il souhaite en connaître les implications et les bénéfices. Il s’attend à ce que les apprentissages comblent de manière concrète, efficace et rapide ses besoins réels.

  1. La motivation à apprendre

Avec la maturité, la motivation à apprendre devient surtout intrinsèque : elle vient davantage de l’intérieur, autrement dit de soi, que de facteurs externes.

Les 4 principes de la formation des adultes :

  1. L’adulte doit être impliqué dans son apprentissage

L’apprenant adulte doit prendre part, dans une certaine mesure, à la planification de son expérience d’apprentissage ainsi qu’à l’évaluation de ses apprentissages. Cela signifie qu’il doit être consulté, par exemple, sur les raisons qui le poussent à suivre la formation, sur ce qu’il en attend de même que sur ses objectifs.

  1. Les activités d’apprentissage doivent être fondées sur l’expérience et le droit à l’erreur

Comme nous l’expliquons dans l’article Neurosciences : apprendre en 4 temps, les neurosciences ont attesté au cours des dernières années que l’expérimentation et le droit à l’erreur sont nécessaires au processus d’apprentissage chez l’adulte. Pour « encoder » de nouvelles connaissances, le cerveau mature a besoin de rétroactions sur ses prédictions. Plus précisément, pour que se forment les connexions neuronales qui sous-tendent un nouvel apprentissage, l’apprenant a besoin d’un signal d’erreur qui, en créant chez lui un effet de surprise, lui permette de constater le décalage entre ses prédictions et ses observations.

  1. Les connaissances et compétences enseignées doivent être liées à la vie professionnelle ou personnelle de l’adulte et avoir un impact tangible à court terme sur celle-ci

L’adulte est plus disposé à s’impliquer dans un apprentissage s’il sait que celui-ci lui apportera des outils concrets pour faire face à des enjeux réels.

  1. L’apprentissage doit être axé sur la résolution de problèmes plutôt que sur un contenu à mémoriser

Sur ce principe aussi, les neurosciences nous ont éclairés en confirmant que plus un apprentissage suscite la curiosité de l’apprenant, plus sa mémoire est disposée à le retenir. De ce fait, les « devinettes » ou les questions portant sur des connaissances que l’apprenant possède sont tout indiquées. Réfléchir, chercher à comprendre et formuler des prédictions contribueraient aussi à une meilleure rétention de l’apprentissage.

L’apprenant adulte est très complexe. Pour qu’il soit réellement réceptif à apprendre, on doit non seulement tenir compte de l’ensemble de ses besoins, mais aussi de ses résistances, qui viennent de son expérience de vie, de ses connaissances et de sa personnalité qui est bien définie. L’une des meilleures façons de l’aider à atteindre ses objectifs c’est de lui montrer comment il pourra appliquer concrètement les connaissances qu’on lui enseigne.

Anik De St-Hilaire, vice-présidente Développement académique pour KnowledgeOne

Catherine Meilleur

Auteure:
Catherine Meilleur

Rédactrice de contenu créatif @KnowledgeOne. Poseuse de questions. Entêtée hyperflexible. Yogi contemplative.

2018-09-10T14:57:00+00:002018/09/10|Articles, Catherine Meilleur|

Écrivez un commentaire

Ce site utilise des cookies et des services tiers. Ok