Mieux connaître le modus operandi d’un cerveau en apprentissage nous permet de réévaluer nos approches d’enseignement, mais aussi d’étude. Et on le sait, pour réussir un apprentissage, étudier est aussi important, sinon plus, qu’assister à ses cours. Or, grâce aux neurosciences, on sait maintenant que toutes les stratégies d’étude ne se valent pas, que certaines sont même contreproductives malgré le fait qu’on y recourt depuis des générations. Pour vous guider, voici trois erreurs à éviter en mode étude!

Erreur 1

Miser sur la répétition plutôt que sur la réactivation. Dans le cerveau, tout apprentissage résulte de l’activation répétée des neurones en lien avec l’apprentissage visé. Or, relire en boucle (ad nauseam!) la leçon à maîtriser n’est pas le meilleur moyen d’activer ses neurones. S’adonner à un tel exercice de façon prolongée mène, au contraire, à une diminution de l’activation neuronale qui se reconnaît par le fait que l’étude nous semble soudainement plus facile et moins motivante. À ces signes, il vaut mieux la mettre de côté pour s’y replonger plus tard, idéalement après un délai de 24 heures pour les premières séances.

L’un des moyens les plus efficaces pour stimuler l’activation neuronale est plutôt de s’entraîner à la récupération en mémoire, aussi dit « rappel » ou « restitution en mémoire », qui consiste à chercher dans sa tête une information apprise qui n’est toutefois pas encore consolidée — à la faire passer de la mémoire à long terme à la mémoire de travail. Par exemple, après une première relecture de ses notes de cours, il est conseillé de s’exercer à cette récupération en mémoire que ce soit en mettant par écrit ce dont on se souvient, en tentant de reformuler des explications, de résoudre un problème ou encore de répondre à des questions sur la matière vue. Attention, pour éviter la surcharge cognitive il faut commencer par s’entraîner à la récupération en mémoire des notions de base essentielles à la compréhension des sujets complexes avant d’aborder ces derniers.

Erreur 2

Négliger la rétroaction. Dans un entraînement à la récupération en mémoire, l’apprenant doit vérifier ou se faire valider si ses réponses à l’exercice sont bonnes. Cette étape de « rétroaction » ou de « retour sur l’information » est cruciale pour l’apprentissage, non seulement parce qu’elle envoie au cerveau un signal qui aide à encoder la réponse, mais également parce qu’elle permet de corriger la réponse si celle-ci est erronée, prévenant l’encodage malencontreux d’erreurs. Ce qui pose problème ici, ce n’est pas le fait de donner une mauvaise réponse à un exercice de récupération en mémoire qui sera corrigé par une rétroaction, mais de croire à tort avoir la bonne ou avoir bien compris la matière sans se corriger ou se faire corriger. Ce risque étant plus élevé lorsqu’on étudie en solo, il est recommandé dans ce cas de prendre davantage son temps pour s’assurer d’avoir bien compris les notions et de repérer ses erreurs le cas échéant.

Un conseil si vous êtes l’enseignant ou toute autre personne chargée de donner de la rétroaction à l’apprenant : s’il se trompe, plutôt que de lui fournir d’emblée la bonne réponse il vaut mieux l’inciter à se creuser un peu plus les méninges pour trouver la réponse ou pour reformuler les explications incorrectes, en lui donnant des indices. Comme nous l’avons vu, c’est en cherchant dans notre tête que nous réactivons les neurones liés à l’apprentissage visé.

Il existe deux types de rétroactions. Celles qui confirment une bonne réponse sont qualifiées de « positives » et celles qui corrigent une réponse incorrecte sont dites « négatives ». Si les rétroactions positives sont particulièrement influentes pour l’apprentissage parce qu’elles génèrent un sentiment de satisfaction chez l’apprenant — par la libération de dopamine notamment, qui l’encourage à reproduire le comportement —, les rétroactions négatives ont aussi leur place. Le sentiment de surprise qui émerge lorsqu’on se rend compte de son erreur participe activement à un meilleur encodage de cet apprentissage. Pour que la rétroaction négative soit efficace, il est essentiel que l’apprenant ait les explications qui lui permettent de comprendre son erreur.

Erreur 3

Cesser d’étudier dès que notre performance est satisfaisante. Il est fréquent de déclarer « mission accomplie » et de cesser d’étudier dès qu’on a le sentiment de maîtriser la matière. Pourtant, le fait de poursuivre un apprentissage au-delà d’une performance satisfaisante — on parle alors de « surapprentissage » — est une stratégie gagnante. Malgré que cette recommandation puisse sembler contradictoire avec le premier point de cet article, elle ne l’est pas! Alors que le premier point portait sur l’aisance que l’on finit par ressentir à l’intérieur d’une même séance d’étude, il est ici question de la maîtrise qui vient après plusieurs séances (bien échelonnées dans le temps).

Le surapprentissage permet non seulement de renforcer (consolider) les connexions neuronales liées à l’apprentissage visé — de sorte que les connaissances sont moins à risque d’être oubliées —, il permet aussi d’approfondir l’apprentissage. Cela devient possible parce que le cortex préfrontal, qui est le siège de nos fonctions cognitives supérieures (attention, raisonnement, mémoire de travail, etc.), est moins sollicité qu’en début d’apprentissage alors que les nouvelles connaissances se sont automatisées. En se déchargeant, cette zone du cerveau devient plus libre pour se consacrer à des tâches complexes et pour réfléchir; on peut alors jongler avec les concepts, les analyser, établir des liens entre nos anciennes et nos nouvelles connaissances, etc. Par conséquent, lorsqu’on maîtrise une matière — en général après quelques séances d’étude — il est judicieux de pousser plus loin son apprentissage (notamment par l’entraînement à la récupération en mémoire) tout en s’arrêtant lorsque cet angle ne nous met plus au défi.

Sources :
  • Eriksson et al., Rewiring the brain with repeated retrieval: a parametric fMRI study of the testing effect, 2011.
  • Vestergren et Nyberg, Testing alters brain activity during subsequent restudy: Evidence for test-potentiated encoding, 2013.
  • Zaromb et Roediger, The testing effect in free recall is associated with enhanced organizational processes, 2010.
  • Adesope et al., Rethinking the Use of Tests: A Meta-Analysis of Practice Testing, 2017.
  • Riviera et al., Developmental changes in mental arithmetic: evidence for increased functional specialization in the left inferior parietal cortex, 2005.
  • Wagner et al., Building Memories: Remembering and Forgetting of Verbal Experiences as Predicted by Brain Activity, 1998.
  • Steve Masson – Cerveau et apprentissage
  • Dossier Les super pouvoirs du cerveau du Sciences et Avenir, septembre 2021.
Catherine Meilleur

Auteure:
Catherine Meilleur

Rédactrice de contenu créatif @KnowledgeOne. Poseuse de questions. Entêtée hyperflexible. Yogi contemplative

Catherine Meilleur possède plus de 15 ans d’expérience en recherche et en rédaction. Ayant travaillé comme journaliste, vulgarisatrice scientifique et conceptrice pédagogique, elle s’intéresse à tout ce qui touche l’apprentissage : de la psychopédagogie aux neurosciences, en passant par les dernières innovations qui peuvent servir les apprenants, telles que la réalité virtuelle et augmentée. Elle se passionne aussi pour les questions liées à l’avenir de l’éducation à l’heure où se pointe une véritable révolution, propulsée par le numérique et l’intelligence artificielle.